SOMMAIRE


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Le yoga prénatal vécu par Caroline pendant sa grossesse

Interview de Caroline

Que t’a apporté le yoga tout au long de ta grossesse?

Si j’essaie de résumer ce que cela m’a apporté, c’est surtout un travail sur l’allongement de la respiration dont j’avais grandement besoin, car au fur et à mesure de ma grossesse, ma respiration se raccourcissait. Cela a été aussi un moyen de me poser et de me recentrer.  Vers la fin du 2ème trimestre et au 3ème trimestre, je me mettais en contact avec mon bébé et j’avais vraiment l’impression de vivre un moment fort en contact avec mon bébé. Le yoga m’a accompagnée pendant toute ma grossesse de cette manière-là et cela m’a aussi aidée sur le plan physique. Même en étant professeur de yoga, j’ai eu comme toutes les femmes, à un moment donné, des douleurs au niveau du bas du dos, et la pratique du yoga m’a aidée à traverser toute la transformation de la grossesse de manière tranquille. Dans l’ensemble, j’ai eu une grossesse qui s’est très bien passée.

Quels types de postures as-tu pratiqués ?

Pour moi, la pratique a énormément changé au moment de la grossesse. Avant d’être enceinte, j’avais une pratique assez dynamique, avec beaucoup d’exigences, j’étais dans une recherche d’aboutissement dans les postures. Au début de ma grossesse, je me suis rendu compte que mon corps m’envoyait des signaux pour m’indiquer que je ne pouvais plus pratiquer de la même façon.

Donc tu as ralenti, tu as adapté ta pratique posturale ?

Oui, mais plus à la fin du 1er trimestre et au début du 2ème trimestre, c’est-à-dire que je n’ai quasiment pas pratiqué pendant le 1er trimestre. Je pratiquais dans les cours quand je montrais certaines postures. Avec les enfants, je me rendais compte que j’allais un peu trop loin. Donc du coup, à la maison, je ne pratiquais pas. Et j’ai repris une pratique à partir du 2ème trimestre, mais complètement différente de celle que je pratiquais avant d’être enceinte, c’est-à-dire beaucoup moins dynamique.

Je suis allée voir Marina qui m’a construit une séance avec peu de postures mais beaucoup de sons. Ce qui est apparu à ce moment-là, c’est que j’avais un souffle assez court, et surtout un expir plus court que l’inspir. Il fallait donc que je puisse allonger l’expir, et Marina m’a guidée dans une séance où il y avait des mantras en lien avec la périnatalité, la grossesse. Les sons m’ont accompagnée pendant toute la grossesse, et je suis passée d’une pratique très dynamique, très posturale à une pratique très douce, très statique et quand c’était dans le mouvement, c’était plus intuitif qu’avant, c’est-à-dire que j’étais plus dans une recherche de fluidité, plus intuitive.

Il y a eu aussi l’accompagnement avec l’hypno-naissance. D’une certaine manière, je trouve que les deux techniques étaient très complémentaires. Dans l’hypno-naissance, le travail que l’on faisait en couple, car c’est un accompagnement qui se fait en présence du conjoint, c’est beaucoup sous forme de visualisation, et cela a aussi influencé ma pratique du yoga, je ne sais pas comment vraiment l’expliquer.

Qu’est-ce que le lâcher prise pour une future maman ?

La grossesse, c’est une expérience de lâcher prise parce que de toute façon, il y a une perte de contrôle sur ce qui se passe sur le plan corporel.

Personnellement, je crois que cela m’a peut-être aidée à lâcher le côté exigeant en terme postural que je pouvais avoir dans ma pratique de yoga et de me dire que je ne faisais plus les postures de manière aboutie, de lâcher cela et d’aller vers une pratique où …… en fait, je n’étais plus toute seule. Il fallait que je prenne en compte mon bébé. J’étais obligée de lâcher cela.

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Est-ce que tu sentais la présence du futur bébé ?

Oui, absolument. Avant d’être enceinte, je m’attendais au moment de la pratique du yoga à sentir mon bébé bouger plus particulièrement. Mais en fait, j’avais l’impression que mon bébé se posait et se calmait quand je pratiquais. Dès que je pratiquais, je prenais conscience de mes respirations, et je sentais que mon bébé respirait en même temps que moi, cela c’était très présent pendant ma pratique. Je posais mes mains sur mon ventre et pratiquais beaucoup assise sur un ballon. Je faisais des mouvements d’ouverture de bras et de fermeture, d’étirement sur le côté, les flexions avant et je visualisais, j’étais dans ma respiration en contact avec mon bébé.

De manière plus technique, par rapport à l’accouchement, est-ce qu’au début de la grossesse tu maintiens l’idée que le périnée reste fermé et qu’à la fin tu te prépares pour l’ouverture du périnée. Comment as-tu préparé cela ?

Oui, il y avait la dimension de lâcher prise par la respiration, mais il y avait d’une certaine manière un travail un peu plus contrôlé. Au début, avec la rétraction du périnée sur l’expiration et le relâchement sur l’inspiration.

Donc la rétraction du périnée à l’expiration et le relâchement à l’inspiration?

Oui dans les 2 premiers trimestres, et après c’était l’inverse. J’enseigne la conscience du périnée en yoga prénatal et c’est ce que j’ai commencé à faire en étant enceinte. Marina s’est rendu compte que ce n’était pas le meilleur moyen pour moi d’aller dans le lâcher prise, il y a un certain contrôle à avoir, que ce soit dans des enchaînements, ou même en étant assise sur un ballon ou sur une chaise. Marina m’a recommandé de faire autrement et de lâcher cela, de laisser faire et d’allonger ma respiration plutôt par les sons, les mantras.

Quand je chantais les mantras, je me laissais emportée, j’étais plus dans le son, dans la vibration et le ressenti du son, dans l’apaisement que cela m’amenait. J’avais l’impression d’être centrée après.

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Qu’est-ce qui a encore changé dans ta pratique de yoga pour aller vers l’accouchement ?

Disons que la pratique du yoga a été quasiment la même au 2ème et 3ème trimestre, parce que dès le début, j’ai vraiment beaucoup changé ma façon de pratiquer et le son m’a accompagnée tout du long. Après, ce qui m’a beaucoup accompagnée pour l’accouchement, c’est l’hypno-naissance et là cela fait le lien avec le yoga, parce qu’avec le yoga, j’avais déjà une attitude et la capacité à visualiser chaque partie du corps, d’être dans la conscience du corps.

Pendant l’accouchement, le yoga m’a énormément aidée par rapport à la respiration et je pense que ma respiration était quand même devenue plus allongée. J’ai beaucoup utilisé des sons pendant le travail, et à la fin ce n’était plus que des cris, ce n’était pas tellement la douleur, mais la puissance du moment qu’il fallait que cela sorte.

Dans les maternités, il y a des cours de préparation à l’accouchement avec des indications par rapport à la respiration qui peuvent complètement déboussoler. Et donc, toi, Caroline, tu n’as pas suivi ces cours ?

Non, je ne suis pas allée au cours de préparation à l’accouchement. Mais je suis complètement d’accord avec toi.

En quoi consistaient les respirations pendant le travail?

Si je peux résumer cela d’une manière courte et claire, c’est qu’avec l’accompagnement de l’hypno-naissance, c’est l’idée que le travail de l’accouchement se fait par vague, que les contractions arrivent par pics, donc un pic qui potentiellement peut être douloureux, mais que contrairement à beaucoup de douleur qu’on peut ressentir dans le corps, ça monte et hop ça s’arrête et là s’installe une phase de récupération où là il n’y a plus de douleur. L’idée, c’est que, dans ces phases entre les contractions, on appelle cela des vagues, pendant lesquelles on est en capacité de se détendre et de récupérer. Alors, l’hypno-naissance permet, à travers les visualisations et tout un accompagnement, de faire l’expérience d’un corps détendu et d’apprendre à détendre son corps. C’est vrai que les souvenirs sont un peu diffus, mais Julien me le rappelait que je sentais mon corps s’alourdir, il m’aidait à respirer et dès qu’il y avait une contraction, je faisais des sons.

Quels types de sons par exemple ?

C’était des « O » et des « A ».

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Le yoga t’a-t-il aidée dans la période post-accouchement ?

Oui, après l’accouchement, dans les deux jours qui ont suivi, j’ai repris tous les jours les indications de Marina par rapport à la conscience du périnée : IN relâcher, EX rétracter. Ce que Marina m’a transmis dans le yoga pré et post natal, c’est que, de la même manière que l’on laisse le corps s’adapter, qu’on laisse le bébé s’installer dans les trois premiers mois, de la même manière, les trois mois qui suivent l’accouchement, on laisse le corps se remettre en place de lui-même.

J’ai récupéré une activité de yoga assez régulière quand Gabrielle avait entre 4 mois et 5 ½ mois – 6mois. Après, c’est devenu plus compliqué. Elle commençait à se tenir assise, à vouloir se mettre debout et le matin cela devenait plus compliqué. Après, j’ai été prise par d’autres choses du quotidien. J’ai eu du mal à garder ce temps-là pour moi.

Les femmes pourraient être davantage accompagnées pendant cette période-là. Je trouve que l’on est souvent seule avec le bébé…

Oh oui ! Clairement ! Je suis consciente que cela pose vraiment le problème… pour moi, en tant que personne, en tant que femme, du temps que je suis en mesure de me redonner. Du coup, j’en viens à me poser la question : « Est-ce qu’il ne faudrait pas que je le fasse à l’extérieur de la maison pour pouvoir revenir à une pratique régulière à la maison? ».

D’où, l’importance d’un accompagnement, d’être guidée. Très rapidement à la maison, on peut trouver plein de choses à faire. On se dit que c’est aussi important. Et l’espace pour soi disparaît… Et puis c’est vrai. J’ai besoin d’être très disponible pour ma fille. Je me rends compte que les moments où elle dort, j’en profite pour faire toutes les choses que je n’ai pas le temps de faire. Et c’est vrai, que malheureusement, cela relègue le yoga à un plan secondaire. Parce que, avec un bébé…

La première fois que je me suis accordée le temps d’une séance de yoga à la maison, dans le salon, il y en avait de partout ! Et là, j’étais hyper contente, je me suis dit « juste je profite, je fais un peu de yoga ». Avant, je n’aurai jamais pu dérouler mon tapis dans une maison pas rangée.

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Si l’on revient à la préparation à l’accouchement, il faudrait des cours de yoga prénatal toutes les semaines, tous les mois ? Comment accompagner la progression de la grossesse ?

Je pense que le bon rythme, c’est vraiment une fois par semaine. Parce que une fois par mois ce n’est pas suffisant, tant sur le plan respiratoire que postural.

Il faut cependant distinguer le cours collectif auquel on peut aller toutes les semaines et le cours individuel. Si on est plus autonome dans la pratique, on peut effectivement avoir un ou deux cours particuliers dans le mois et avoir des indications. Je pense qu’une pratique régulière d’une fois par semaine est un minimum.

Est-ce que tu penses que des cours collectifs, en yoga prénatal, sont vraiment adaptés puisque vous avez des personnes qui ne sont jamais au même stade. Alors l’idéal, ce serait quoi ?

En fait, j’ai donné des cours de yoga prénatal, de groupe, pendant presque deux ans. Je trouve que pour les femmes, c’est super, parce que c’est un moment de rencontre avec d’autres futures mamans. Après, c’est à nous professeurs de nous adapter. Effectivement, parfois… Là où je donnais des cours, le système du centre était assez ouvert. Ce n’était jamais le même groupe et d’une semaine sur l’autre, je ne savais pas vraiment quelles élèves seraient présentes. J’avais un petit noyau qui était là de manière régulière. Et donc en tant que professeure cela demande beaucoup d’adaptations. Effectivement, il peut y avoir des femmes qui sont en début de grossesse d’autres en fin de grossesse. Les indications ne peuvent pas être les mêmes parce que le stade et le ressenti ne sont pas les mêmes, c’est sûr qu’en cours particulier, il peut y avoir un travail beaucoup plus personnalisé, tant sur le plan postural, mais aussi sur les indications et les visualisations qui ne sont pas toujours possibles en groupe.

En cours particulier, est-ce que tu fais intervenir le futur papa ?

Il m’est arrivé de rencontrer les papas mais cela ne s’est pas fait parce que moi je ne me suis pas sentie de le leur demander. Quand il est question d’utiliser le yoga comme accompagnement à la naissance, principalement à la fin, oui, cela peut être vraiment intéressant de faire appel au papa pour qu’il soit là. Le papa peut-être très précieux. C’est vrai que, plus on est préparé, et en plus je pense que si on est bien accompagné par la sage-femme qui accompagne la personne qui est en train d’accoucher cela aide beaucoup. La sage-femme fait un travail hyper important.

Qu’est ce qui t’a amenée à enseigner le yoga prénatal ? Surtout que tu as commencé avant d’être maman…

En fait, je vais refaire le cheminement… Je crois que c’est quelque chose qui m’a toujours habitée. Avant de vouloir être psychologue, j’ai voulu à un moment donné être sage-femme. Quand j’ai fait des études de psychologie, je me suis intéressée à la maternité. J’ai fait un mémoire de maîtrise sur la maternité des familles « grandes ». Quand j’ai découvert le yoga, et que j’ai pu faire la formation, c’était déjà avec l’idée de l’utiliser dans ma pratique en tant que psychologue et puis de l’utiliser auprès/avec des femmes enceintes… C’est quelque chose qui m’a toujours habitée… …Je ne sais pas, c’est quelque chose qui m’échappe aussi. C’est quelque chose que je sens et que j’ai toujours voulu faire…

Et qu’est ce qui t’a fait abandonner l’idée d’être sage-femme ?

Et bien, très concrètement, je pense que je n’étais pas du tout assez bonne dans les matières scientifiques. Si j’avais eu plus d’aptitudes dans les matières scientifiques, je pense que j’aurais passé le concours. Et d’ailleurs, quand je suis entrée en fac de psychologie, je l’ai fait en me disant : je me donne une année, je prépare le concours de sage-femme et puisque je ne vais pas faire que ça pendant une année, je me suis inscrite en fac de psycho et quand j’ai commencé j’ai adoré ça.

Est-ce que tu penses que toute ta pratique de yoga, en tant que professeure, de femme enceinte et de jeune maman, est encore présente et t’accompagne dans ta relation à ton enfant ?

Je dirai que oui, parce que pour moi le yoga c’est, au-delà de la pratique, une manière d’être au monde, tant sur le plan de la pensée, que sur le plan spirituel ou psychique. C’est être aussi au monde dans le corps qui m’accompagne. Le fait de découvrir le yoga, m’a apporté des changements très profonds. Même si ma pratique a évolué et a été moins importante par moment, il n’empêche que le yoga est toujours là, dans mon quotidien. C’est vrai que c’est quelque chose que j’ai envie de transmettre à Gabrielle. Evidemment, je serais très heureuse si elle adorait le yoga, si elle avait envie de faire du yoga. Mais au-delà de ça, il y a l’envie de l’amener à prendre conscience d’elle-même, de ses capacités à se recentrer, d’être proche d’elle, d’ « être ». L’envie de l’emmener vers l’expérience de la présence,  et dans tout ce que peut apporter le yoga auquel je crois profondément.

Il est inscrit dans ta vie ?

Oui, voilà c’est ça…

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